Droit d’emption
Le droit d'emption est un acte notarié qui accorde à un acheteur le droit exclusif d'acquérir votre bien immobilier à un prix et dans un délai convenus.
Définition et explication
Vous avez décidé de vendre votre bien immobilier et un acheteur potentiel, souvent un promoteur, vous propose de signer un droit d’emption. Ce mécanisme juridique, régi par le Code des obligations suisse (CO), est très fréquent lors de transactions nécessitant un délai important avant la remise des clés.
Il s’agit d’un contrat par lequel vous accordez à l’acheteur (l’empteur) le droit unilatéral d’acquérir votre propriété. Si vous vous posez la question : l’acheteur peut-il modifier le prix de mon bien plus tard ? La réponse est non. Le montant exact et les conditions de la transaction sont fixés de manière définitive devant le notaire dès le premier jour.
Pour sécuriser la position de l’acheteur, ce droit est systématiquement annoté au Registre foncier. Dès cet instant, vous ne pouvez plus vendre votre maison ou votre parcelle à une autre personne pendant toute la durée de validité du droit (qui est de 10 ans au maximum en Suisse).
En contrepartie de cette exclusivité qui paralyse votre propriété, le vendeur exige généralement le versement d’une indemnité non remboursable, appelée prime d’emption. Si la transaction aboutit, cette prime est déduite du montant final de la vente. Si l’acheteur abandonne son projet, vous conservez cette somme. Avant de bloquer juridiquement votre patrimoine sur plusieurs années, il est hautement recommandé de réaliser une estimation gratuite de votre bien pour garantir une mise en vente au prix optimal du marché.
Quand un droit d'emption est-il utilisé en Suisse ?
- Vente de terrains à un promoteur : L’acheteur a besoin de temps pour obtenir un permis de construire validé par la commune avant de s’engager définitivement à acheter votre parcelle.
- Montages financiers et commerciaux : L’acquéreur souhaite bloquer le bien le temps d’obtenir son financement hypothécaire ou de revendre son propre logement actuel.
- Location-vente immobilière : Un locataire signe un contrat de bail couplé à un droit d’emption, lui offrant l’opportunité d’acheter le bien qu’il occupe après quelques années.
- Opérations de remembrement : Lors d’une réorganisation de parcelles entre voisins pour optimiser les droits à bâtir d’une zone.
Exemple concret : Vendre un terrain à un promoteur vaudois
Monsieur Blanc possède une grande parcelle constructible à Lausanne qu’il souhaite vendre. Un promoteur immobilier est très intéressé pour y construire un petit immeuble en PPE (propriété par étages). Toutefois, le promoteur refuse de finaliser l’achat sans avoir la garantie absolue d’obtenir le permis de construire des autorités communales.
Le prix de vente est fixé d’un commun accord à 1’500’000 francs. Monsieur Blanc et le promoteur se rendent chez le notaire pour signer un droit d’emption valable pendant 2 ans. À la signature de l’acte, le promoteur verse une prime d’emption de 75’000 francs.
A retenir
Le droit est immédiatement annoté au Registre foncier vaudois. Deux scénarios peuvent alors se produire :
Scénario 1 : Le permis de construire est délivré après 18 mois. Le promoteur exerce son droit d'emption. Il verse le solde de 1'425'000 francs (le prix total moins la prime déjà payée) et devient officiellement propriétaire. Monsieur Blanc s'acquitte alors de l'impôt sur les gains immobiliers et valide la répartition des éventuels frais de notaire vendeur restants.
Scénario 2 : Le permis est définitivement refusé par le canton. Le promoteur n'exerce pas son droit. À l'échéance des 2 ans, le droit d'emption est radié du Registre foncier. Monsieur Blanc conserve l'entier de sa propriété et garde l'indemnité de 75'000 francs comme dédommagement pour avoir immobilisé son terrain.
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Questions fréquentes
En Suisse, les frais liés à la rédaction de l'acte authentique et à son inscription au Registre foncier sont presque toujours à la charge exclusive de l'acheteur (l'empteur), car c'est lui qui demande cette garantie juridique. Toutefois, la loi autorise les parties à convenir d'une répartition différente dans le contrat.
Selon l'article 216a du Code des obligations suisse, l'annotation d'un droit d'emption au Registre foncier ne peut excéder 10 ans. Au-delà de ce délai, l'annotation perd ses effets et vous retrouvez la totale liberté d'aliéner votre bien immobilier à un tiers.
L'annotation au Registre foncier attache le droit d'emption à l'immeuble. Si vous transférez tout de même la propriété à un tiers, le bénéficiaire du droit d'emption pourra exiger du nouveau propriétaire qu'il lui cède le bien aux conditions initialement prévues. Dans la pratique, les notaires bloqueront toute transaction concurrente.
Si l'acheteur renonce à son droit et que vous conservez l'acompte de réservation, ce montant n'est généralement pas soumis à l'impôt sur les gains immobiliers (IGI) car il n'y a pas eu de transfert de propriété. Dans la plupart des cantons romands, cette somme est ajoutée à votre revenu ordinaire et taxée via l'impôt sur le revenu.
La promesse de vente (pacte de préemption ou contrat préliminaire bilatéral) engage fermement les deux parties à conclure l'acte de vente final. Le droit d'emption, au contraire, n'engage formellement que le vendeur. L'acheteur dispose d'une option et reste libre d'acheter ou de renoncer à la transaction.
Oui. Pour que le droit d'emption soit juridiquement valable en Suisse, les éléments essentiels de la transaction future, notamment le prix de vente exact ou une formule mathématique précise et objective pour le calculer, doivent être fixés et authentifiés par un notaire public.
Non. Une fois l'acte notarié signé et inscrit, vous êtes fermement engagé à céder votre propriété aux conditions convenues si l'acheteur décide de lever son option pendant le délai imparti. Vous ne disposez d'aucun droit de rétractation unilatéral.
Si la date d'échéance fixée dans le contrat est dépassée sans que l'acheteur n'ait levé l'option, l'annotation devient caduque. Vous pouvez alors demander par écrit à l'office du Registre foncier de votre canton de procéder à la radiation de l'inscription pour nettoyer votre extrait foncier.
Sources
- Code des obligations suisse (CO) art. 216, 216a ; Code civil suisse (CC) art. 959