Démarches et processus de vente

Avance d’hoirie (vente immobilière)

L'avance d'hoirie désigne une donation immobilière anticipée faite par des parents à leur enfant, dont la valeur devra être compensée lors de la succession, et dont la revente déclenche le paiement différé de l'impôt sur les gains immobiliers.

Avancement d'hoirie Donation immobilière anticipée Anticipation successorale Transfert immobilier intrafamilial

Définition et explication

En Suisse, de nombreux propriétaires reçoivent leur maison ou leur appartement par le biais d’une avance d’hoirie (une donation de leur vivant par les parents, considérée comme un acompte sur le futur héritage). Lorsque vient le moment de vendre ce bien à un tiers, la transaction soulève des questions juridiques et fiscales spécifiques qui diffèrent d’une vente classique.

Sur le plan civil (Art. 626 du Code civil suisse), le bénéficiaire d’une avance d’hoirie est l’unique propriétaire du bien inscrit au Registre foncier. Il a donc le droit de le vendre librement, sans devoir obtenir la signature de ses frères et sœurs. Toutefois, il reste soumis à l’obligation de rapport à la succession. Cela signifie que la valeur de l’avance devra être réintégrée comptablement lors du partage de l’héritage futur pour garantir l’égalité entre les héritiers.

Sur le plan fiscal, la vente d’une avance d’hoirie cache un piège financier fréquent : le report d’imposition. Lors de la transmission initiale entre parents et enfant, l’impôt sur les gains immobiliers (IGI) n’a pas été payé, mais simplement différé (Art. 12 LHID). Lors de la revente à un tiers, l’administration fiscale cantonale va calculer le gain immobilier non pas depuis la date de la donation, mais depuis le prix d’achat initial payé par les parents. Le gain imposable est donc souvent très élevé, bien que l’abattement pour la durée de possession cumulée (parents + enfant) vienne adoucir la facture.

Quand les règles de l'avance d'hoirie s'appliquent-elles à une vente ?

  • Calcul de l’impôt sur le gain immobilier (IGI) : Pour déterminer la plus-value, le notaire devra remonter à l’acte d’achat original des donateurs (les parents).
  • Présence de charges familiales : Si l’acte de donation incluait un droit d’habitation, un usufruit ou un droit de retour en faveur des parents, ces servitudes doivent être radiées avant la vente.
  • Évaluation de la succession future : La vente transforme un bien immobilier (sujet aux fluctuations du marché) en liquidités. La valeur à rapporter lors du décès des parents dépendra des dispositions prises dans le pacte successoral ou l’acte de donation (généralement la valeur vénale au moment de l’aliénation).
  • Risque de lésion des réserves héréditaires : Si le produit de la vente est dilapidé, le vendeur pourrait ne pas avoir les fonds nécessaires pour indemniser ses cohéritiers lors du partage successoral.

Revente d'une villa reçue de ses parents dans le canton de Fribourg

En 2012, Monsieur Blanc reçoit de ses parents une villa individuelle à Bulle (FR) sous forme d’avance d’hoirie. La valeur estimée à l’époque est de CHF 800’000. Ses parents avaient acheté cette maison en 1990 pour CHF 400’000. L’acte de donation stipulait qu’aucun impôt sur le gain immobilier n’était dû au moment du transfert (imposition différée).

En 2024, Monsieur Blanc décide de vendre la villa pour s’installer à l’étranger. Il trouve un acheteur au prix de CHF 1’100’000. Ses frères s’inquiètent et se demandent s’ils doivent donner leur accord pour la vente, tandis que Monsieur Blanc veut connaitre le montant de son impôt.

A retenir

Le notaire fribourgeois confirme que Monsieur Blanc est le seul propriétaire et peut signer l'acte de vente sans l'accord de ses frères. En revanche, le calcul de l'impôt sur le gain immobilier sera calculé sur un bénéfice de CHF 700'000 (Prix de vente de CHF 1'100'000 - Prix d'achat des parents de CHF 400'000), et non sur CHF 300'000. Monsieur Blanc bénéficiera toutefois d'une réduction d'impôt maximale, car la durée de possession retenue par le fisc fribourgeois inclut les 22 ans de possession de ses parents et ses 12 ans de possession (soit 34 ans au total).

De plus, Monsieur Blanc conserve le produit net de la vente. Il ne doit pas distribuer l'argent à ses frères aujourd'hui. C'est uniquement au décès de ses parents que la somme de CHF 800'000 (ou la valeur convenue dans l'acte de donation) sera réintégrée virtuellement dans la masse successorale pour équilibrer les parts.

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Questions fréquentes

Oui, en tant que titulaire inscrit au Registre foncier, vous êtes le seul propriétaire. Toutefois, si vos parents ont fait inscrire un droit de retour, un usufruit ou un droit d'habitation lors de la donation, leur accord écrit (et leur renonciation à ces droits) sera indispensable pour pouvoir transférer la propriété à l'acheteur.

Non. Contrairement à une hoirie (communauté héréditaire) où tous les héritiers doivent signer à l'unanimité, une avance d'hoirie fait de vous l'unique propriétaire. Vos cohéritiers n'ont aucun droit de veto sur la vente, ni sur le prix que vous acceptez.

La fiscalité suisse applique le principe du report d'imposition pour les donations. Lors de la revente, le fisc calcule le gain en soustrayant le prix de vente actuel au prix d'acquisition payé initialement par le donateur (vos parents). En contrepartie, vous cumulez vos années de propriété avec les leurs, ce qui donne souvent droit à un abattement fiscal important.

Non, le produit de la vente vous appartient intégralement au moment de la transaction. L'équilibre entre héritiers (le rapport à la succession) ne se fera qu'au moment du décès des donateurs, lors de la liquidation de la succession devant le notaire.

Selon l'article 630 du Code civil, si le bien a été aliéné (vendu) avant l'ouverture de la succession, c'est généralement la valeur de l'aliénation (le produit net de la vente) qui est déterminante, à moins que l'acte de donation initial ne prévoie expressément une autre méthode de calcul.

Les travaux à plus-value (impenses) que vous avez financés, ainsi que ceux réalisés par vos parents, viendront s'ajouter au prix de revient. Cela diminuera d'autant le gain immobilier imposable lors de la vente. Conservez précieusement toutes les factures des artisans.

Il est impossible d'imposer un usufruitier à un acheteur tiers. Pour vendre, vos parents doivent accepter de renoncer à leur usufruit et demander sa radiation au Registre foncier. En compensation, une partie du prix de vente devra souvent leur être reversée, selon un calcul de capitalisation de l'usufruit.

Oui, c'est une étape standard. Lors de la préparation de l'acte authentique de vente, le notaire demandera un extrait du Registre foncier qui mentionne le titre d'acquisition (contrat de donation). Cela lui permet de vérifier les éventuelles charges inscrites et de préparer la déclaration fiscale pour l'IGI.

Sources

  • Code civil suisse (CC) art. 626 (Rapport des libéralités), CC art. 630 (Valeur de rapport), Loi fédérale sur l'harmonisation des impôts directs (LHID) art. 12 (Report de l'imposition).
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