Solidarité fiscale (vente immobilière)
La solidarité fiscale est un principe légal cantonal rendant le vendeur et l'acheteur conjointement responsables du paiement de certains impôts, comme les droits de mutation.
Définition et explication
La solidarité fiscale est un principe de droit public cantonal qui stipule que plusieurs personnes peuvent être tenues responsables du paiement d’une même dette fiscale. Dans le cadre d’une vente immobilière en Suisse romande, ce mécanisme s’applique principalement aux droits de mutation (les frais de transfert de propriété).
Dans la pratique commerciale usuelle, c’est l’acheteur qui s’acquitte des frais de notaire et des droits de mutation. Cependant, la législation de plusieurs cantons romands (notamment Vaud, Fribourg, Neuchâtel et le Valais) désigne l’acheteur et le vendeur comme débiteurs solidaires face à l’État.
Concrètement, cela signifie que si l’acheteur ne paie pas la facture des droits de mutation, l’administration fiscale cantonale est en droit de réclamer la totalité de la somme au vendeur. L’acte de vente notarié, même s’il précise explicitement que l’acheteur prend ces frais à sa charge, ne modifie pas cette règle de droit public. Cet accord vous donne uniquement le droit de poursuivre l’acheteur au civil par la suite pour tenter de récupérer votre argent.
Pour neutraliser ce risque financier, les notaires suisses exigent que l’acheteur verse une provision pour frais d’acte sur un compte de consignation sécurisé avant la signature ou avant l’inscription au Registre foncier. L’impôt est ainsi garanti, protégeant totalement le vendeur contre un défaut de l’acheteur.
Quand cela s'applique-t-il ?
- Lors de la facturation des droits de mutation (frais de transfert) par l’administration cantonale.
- Lorsque l’acheteur s’avère insolvable ou refuse de payer les impôts liés à la transaction.
- Dans le cadre de ventes immobilières situées dans des cantons appliquant formellement cette disposition légale (Vaud, Fribourg, Neuchâtel, Valais, Jura).
- Lorsqu’un décompte final d’impôt foncier n’est pas réglé par la partie qui en a la charge contractuelle.
Exemple concret : Un acheteur insolvable dans le canton de Vaud
Monsieur Dubois vend sa villa dans le canton de Vaud à un acquéreur pour 1’200’000 CHF. L’acte de vente stipule clairement que l’acheteur prend à sa charge l’intégralité des droits de mutation (soit environ 39’600 CHF). La vente est inscrite au Registre foncier et Monsieur Dubois reçoit son argent. Six mois plus tard, l’acheteur fait faillite avant d’avoir réglé la facture fiscale de l’État. L’administration vaudoise invoque alors la solidarité fiscale et envoie la facture de 39’600 CHF à Monsieur Dubois.
A retenir
Sur le plan légal cantonal (Art. 4 LMSD), Monsieur Dubois est effectivement tenu de payer cette somme à l'État, malgré la clause de l'acte de vente (qui n'a de valeur qu'entre les deux parties privées). Pour éviter ce scénario, le notaire instrumentant s'assure toujours d'exiger de l'acheteur une provision pour frais d'acte. Ce dépôt, placé sur le compte de consignation du notaire avant l'inscription au Registre foncier, permet de régler l'impôt directement. Le vendeur est ainsi mis hors de cause.
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Questions fréquentes
C'est un mécanisme légal permettant à l'administration fiscale d'exiger le paiement intégral d'un impôt (comme les droits de mutation) auprès du vendeur ou de l'acheteur, indépendamment des accords privés figurant dans le contrat de vente.
Oui, dans les cantons prévoyant la solidarité fiscale. Si l'acheteur fait défaut, le fisc se tournera vers vous. Toutefois, vous conservez un droit de recours civil contre l'acheteur pour exiger le remboursement de cette somme.
La meilleure protection consiste à s'assurer que le notaire a bien reçu l'intégralité des fonds nécessaires (le prix de vente et la provision pour les impôts cantonaux) sur son compte de consignation avant de signer l'acte de vente.
Non. L'IGI est un impôt exclusivement à la charge du vendeur. En revanche, si vous ne le payez pas, l'État peut inscrire une hypothèque légale fiscale sur le bien, ce qui pénaliserait directement votre acheteur. C'est pourquoi le notaire consigne également ce montant lors de la vente.
Le notaire agit en tant qu'officier public. Il calcule à l'avance les droits de mutation et exige leur paiement total par l'acheteur avant de requérir le transfert de propriété au Registre foncier. L'État est ainsi payé directement par l'étude notariale.
L'impôt foncier est généralement dû par le propriétaire inscrit au 1er janvier. L'acte de vente prévoit un décompte de répartition au prorata des jours de possession. L'État se fie au Registre foncier et garantit souvent sa créance par un droit de gage, incitant les parties à régler la facture.
Non. Vous pouvez insérer une clause précisant que l'acheteur paie ces frais, ce qui est la norme. Mais cette clause relève du droit privé et ne lie pas l'administration fiscale cantonale, qui applique strictement le droit public.
La solidarité fiscale est la responsabilité personnelle des deux parties sur leurs propres finances. L'hypothèque légale fiscale est un droit de gage sur l'immeuble lui-même : l'État peut faire vendre le bien aux enchères pour se rembourser, indépendamment de l'identité du propriétaire actuel.
Sources
- Code des obligations (CO) art. 143 et suivants (Solidarité passive) ; Lois cantonales sur les droits de mutation (ex: Art. 4 LMSD Vaud, Art. 15 LEMT Fribourg).